Atoll IN800 EVO : une architecture double mono menée jusqu'au bout
La structure interne adopte une topologie double mono intégrale. L'imposant transformateur torique de 1200 VA, découplé mécaniquement du châssis, dispose d'enroulements séparés pour les voies gauche et droite. Trois transformateurs additionnels alimentent indépendamment la logique de commande, le contrôle numérique et le contrôle analogique. Cette séparation stricte des alimentations permet d'éviter toute pollution mutuelle entre les circuits audio et les fonctions de pilotage. La réserve d'énergie atteint 128 000 µF, épaulée par des condensateurs de liaison MKP blindés.
Le réglage du volume abandonne le potentiomètre classique au profit d'atténuateurs MUSE à résistances commutées, un par canal, qui garantissent un appairage parfait entre les voies, quel que soit le niveau d'écoute. Les étages d'entrée utilisent des transistors bipolaires, les sources de courant associent transistors bipolaires et diodes électroluminescentes (LED) pour une polarisation d'une grande stabilité, et les étages de pilotage reposent sur des transistors Darlington. L'amplification proprement dite mobilise seize transistors MOS-FET rigoureusement appairés par canal, dans une structure parfaitement symétrique où la contre-réaction est réduite au strict minimum, privilégiant ainsi le naturel des transitoires aux chiffres flatteurs. Les performances sont à la hauteur de cette rigueur : bande passante de 5 Hz à 100 kHz, temps de montée de 2 µs, rapport signal sur bruit de 100 dB et distorsion limitée à 0,05 % à 1 kHz.
La connectique, purement analogique en configuration de base, comprend deux entrées XLR, trois entrées ligne RCA et une boucle d'enregistrement Tape. Une entrée RCA et une entrée XLR peuvent être configurées en bypass pour intégrer l'amplificateur à une installation home cinéma, et les sorties préampli XLR et RCA permettent la bi-amplification ou le raccordement d'un caisson de grave. Les borniers GND (ground) situés entre les borniers + et - sont destinés à connecter un caisson de grave en entrée haute (le + du caisson sur le + de l'IN800 EVO et le - sur le GND). Deux emplacements permettent d'accueillir, en option, la carte de conversion DA800 ainsi que les modules phono P800 et P820. Les entrées sont renommables, la balance se mémorise et deux modes de veille sont proposés : basse consommation (moins de 0,5 W) ou préchauffage pour maintenir les étages à température.
Présentation et finition : la sobriété normande à grande échelle
La face avant en aluminium de 12 mm, brossée, microbillée, puis anodisée, encadre un écran TFT haute résolution de 480 x 1 280 pixels. Deux molettes en aluminium usiné dans la masse, l'une pour le volume et l'autre pour la navigation, suffisent à piloter l'ensemble, dans la continuité du design épuré que la marque cultive depuis ses débuts. Les flancs sont pourvus de dissipateurs thermiques taillés dans la masse, indispensables pour évacuer la chaleur dégagée par une telle puissance fonctionnant avec une polarisation généreuse. Le châssis en acier de 2 mm assure une assise mécanique à la hauteur des 27 kilos de l'appareil. Une télécommande en aluminium est fournie avec l'appareil. Avec ses dimensions de 443 x 440 x 147 mm, l'IN800 Evolution reste étonnamment compact au regard de ses performances. Prévoyez simplement un meuble hifi capable de supporter son poids et de laisser respirer ses dissipateurs.
Résultat d'écoute Atoll IN800 EVO : la signature Atoll portée à une autre dimension
Les amateurs d'électroniques Atoll retrouveront immédiatement ce qui fait leur réputation : un médium charnu, une absence totale d'agressivité dans le haut du spectre et un naturel des timbres qui rend les longues écoutes si agréables. L'IN800 Evolution conserve cet équilibre, mais change radicalement d'échelle. Sa réserve de courant colossale se traduit par un grave d'une autorité peu commune, tenu, profond et articulé, même à très faible volume, ainsi que par une aisance dynamique sans faille, des pianissimos d'un quatuor à cordes aux fortissimos d'une masse orchestrale. Grâce à sa faible contre-réaction et à la symétrie de ses étages, la vie du message musical est préservée : les transitoires partent sans dureté, les voix gardent leur grain et les instruments respirent dans une scène sonore large et étagée en profondeur.
Le silence de fonctionnement mérite qu'on s'y attarde, car c'est lui qui conditionne tout le reste. Les alimentations cloisonnées et les atténuateurs à résistances commutées abaissent le bruit de fond à un seuil où les micro-informations cessent d'être devinées pour devenir audibles : la résonance d'une table d'harmonie après l'extinction d'une note, le frottement de l'archet lors de l'attaque d'un trait ou encore la réverbération naturelle d'une prise de son. Cette propreté du fond sonore confère aux timbres une densité presque tactile : un violoncelle possède du bois et du crin, une voix de l'air et du corps. On perçoit également un sens du phrasé peu courant à ce niveau de puissance : les seize MOS-FET par canal ne submergent pas la musique sous leur réserve de watts ; ils la laissent respirer, ménageant les inflexions, les rubatos et les silences qui structurent une interprétation.
Alors qu'un intégré de puissance plus modeste finit par comprimer la musique quand la partition se densifie, l'IN800 Evolution garde chaque pupitre à sa place, sans jamais durcir ni confondre. C'est précisément ce que l'on attend d'une telle amplification : qu'elle se fasse oublier. Associé à des enceintes colonnes exigeantes, il constitue le cœur d'un système définitif. Vous hésitez entre un amplificateur intégré de ce niveau et une combinaison préampli et blocs mono ? L'IN800 Evolution rend justement la question moins évidente qu'elle ne l'était, en offrant l'architecture des seconds dans la simplicité du premier. Il est réjouissant de voir un constructeur normand jouer dans cette cour sans renier ce qui l'a fait aimer : la musique d'abord, la technique ensuite.